Hello, hello,
Angie est argentine, Timothée est français, et ils vivent près de La Rochelle avec leurs trois garçons : Gaston, Vasco et Charlie, qui avaient 10, 9 et 6 ans au départ. La voile fait partie de leur quotidien depuis toujours : les enfants pratiquent l’optimiste, la voile légère et la planche à voile depuis tout petits.
En mars 2025, la famille décide de passer à l’échelle supérieure et de faire le tour complet de l’Atlantique Nord à la voile, pendant un an, un voyage à la voile en famille parmi d’autres qui ont marqué le podcast. Le projet se concrétise en quelques mois à peine : le travail, la maison louée, le chien gardé, tout se met en place.
La famille embarque fin août depuis La Rochelle sur Moustique, un trimaran de 43 pieds loué à son propriétaire pour l’occasion.
Galice, premier arrêt après le golfe de Gascogne
Le vrai départ a lieu à 7 heures du matin depuis le port de La Rochelle, désert à cette heure-là. Les enfants dorment encore à bord quand Angie et Timothée larguent les amarres, seuls. En passant l’île de Ré puis en se retrouvant au milieu du golfe de Gascogne, sans plus voir le continent, ils savent qu’ils viennent de dépasser le point de non-retour.
Avant de partir, une formation médicale leur a laissé un conseil qu’ils ont gardé en tête : ne jamais avoir de rendez-vous avec les gens, seulement avec la nature, pour ne pas être tentés de prendre de mauvaises décisions sous pression d’un horaire à tenir. C’est donc la météo, et elle seule, qui a décidé du jour du départ.
Première étape : la Galice, en Espagne. La famille y découvre des villages de pêcheurs, une multitude de petits ports, et pêche des poulpes au casier. Angie, dont l’espagnol est la langue maternelle, retrouve avec plaisir sa langue en discutant avec les habitants.
Porto, Lisbonne et Madère
À Porto, la famille a l’impression que le temps s’est arrêté, surtout dans la partie la plus ancienne de la ville. Les couchers de soleil marquent le passage, tout comme l’étape suivante à Lisbonne.
Puis cap sur Madère, une île portugaise au large du Maroc composée en réalité de deux îles, Madère et Porto Santo. Terrain de randonnée par excellence, elle offre une végétation aux airs tropicaux et des fruits que la famille n’avait encore jamais goûtés.
Les Canaries, l’ambiance des grands départs
Aux Canaries, l’atmosphère change : de nombreux bateaux s’y préparent à transater, même si ce n’est pas encore le cas pour Moustique. On y sent les ravitaillements, les équipages qui arrivent, les préparatifs. La famille arrive par la Graciosa, une île volcanique peuplée depuis quelques années seulement, à l’eau cristalline et au paysage aride.
Les huit îles de l’archipel sont pourtant très différentes entre elles : certaines sont viticoles, avec des vignes plantées dans la roche volcanique, d’autres beaucoup plus tropicales, couvertes de grandes feuilles. La famille y passe plusieurs semaines, jusqu’à fin septembre, avant de mettre le cap sur le Cap-Vert pour y préparer la grande traversée.
Le Cap-Vert, le coup de cœur du voyage
Le Cap-Vert n’est ni l’endroit le plus riche, ni le plus confortable du voyage : les ports n’y sont pas équipés, il n’y a presque rien à acheter, et les cartes marines ne sont pas toujours fiables. C’est pourtant l’étape qui a le plus marqué la famille. Les paysages volcaniques sont à couper le souffle, et l’accueil des habitants dépasse tout ce qu’ils avaient connu jusque-là.
Angie découvre avec surprise que ce pays d’Afrique parle portugais, et la musique du Cap-Vert, qu’elle écoute encore aujourd’hui, l’a marquée durablement. Après une première arrivée à Sal, la famille rejoint Mindelo, le dernier port avant la grande traversée, où le seul vrai supermarché de l’île autorise les équipages à pousser leur chariot jusqu’au ponton pour vider leurs courses directement sur le bateau.
Treize jours de traversée entre ciel et mer
Le départ de la grande traversée était prévu pour le 15 novembre, il aura finalement lieu le 17, la météo décidant une fois de plus du calendrier. Les beaux-parents de Timothée, venus dire au revoir à Mindelo, prennent un dernier petit-déjeuner avec la famille au Floating Bar avant de les regarder s’éloigner depuis leur annexe. Le vent souffle fort, 30 nœuds au mouillage, mais le départ reste l’un des plus beaux souvenirs du voyage.
La traversée dure douze jours et vingt heures, portée par les alizés jusqu’à la Barbade. Les journées se structurent autour des quarts de nuit, des repas, des devoirs des enfants, avec parfois un peu de mal de mer qui ralentit tout le monde. Chaque matin ou presque, des poissons volants atterrissent sur le pont ; la famille tente d’abord de les cuisiner, avant de les rendre à la mer, jugés décidément pas terribles.
Il y a aussi les couchers de soleil, les étoiles, des dauphins et des baleines aperçus au loin, et quelques voiliers croisés qui font la même route. À mi-parcours, la famille marque le coup : menu choisi par les enfants, apéritif différent, musique pour danser. Le premier vœu des enfants est un burger-frites, pas si simple à improviser en pleine mer, mais ils y arrivent.
Après des jours où l’horizon n’a été qu’une ligne entre ciel et mer, la terre finit par apparaître un matin, et tout redevient vivant : l’odeur change, la chaleur qui vient de la côte se fait sentir.
La Barbade, une douane à l’ancienne
La famille accoste de nuit à Port Saint-Charles, une marina chic entourée de grandes villas et de yachts, contraste frappant après presque deux semaines en mer. Avant toute chose, il faut déclarer son arrivée à la douane : pas de plage, pas de skate pour les enfants tant que ce n’est pas fait. Dans un bureau où cinq agents travaillent chacun avec un grand livre, sans un seul ordinateur, Timothée doit réécrire les mêmes informations à chaque bureau. Toute la procédure prend 45 minutes, alors qu’ils sont seuls, sans aucune file d’attente.
La Barbade est une ancienne colonie britannique, plate contrairement à la plupart des îles volcaniques croisées jusque-là, au point que son relief discret l’aurait fait passer inaperçue lors des premiers voyages de Christophe Colomb. Après la formalité de la douane, la famille cherche un bon restaurant local et demande conseil à un agent de sécurité posté sur place. Sa recommandation, donnée avec le plus grand sérieux, les surprend : ils finiront par trouver leur propre adresse ailleurs.
L’arc antillais, une île, une culture
Sur l’arc antillais, la famille est frappée par la diversité des îles, très différentes les unes des autres alors que quelques heures de navigation seulement les séparent : certaines très anglaises, d’autres très américaines ou très françaises, chacune avec sa langue et son ambiance propres.
À la Dominique, ancienne colonie anglaise, ils se baladent en croquant des bananes et des mangues qui poussent au bord de la route, dans une île où le volcan est encore actif et où la rivière est chaude. À Antigua, ce sont les petites îles, les ports et les mouillages qui marquent la famille.
Barbuda, plus sauvage, leur offre de belles pêches de langoustes et une plage au sable rose, formé de minuscules débris de coquillages, qui dessine un dégradé de couleurs jusqu’au bleu profond du large. En Guadeloupe, ils grimpent la Soufrière jusqu’au sommet du volcan, puis plongent dans la réserve Cousteau au milieu de poissons multicolores et d’un dauphin qui nage à leurs côtés.
C’est aux Grenadines, sur une île quasi déserte peuplée de tortues et de raies mantas, que survient l’un des moments marquants du voyage : en jouant avec la dent d’un barracuda tout juste pêché, Gaston s’ouvre le doigt. Angie sort sa trousse de secours et commence les points de suture, aidée à distance par une amie présente sur place qui cherche un tutoriel vidéo, puis par une copine médecin urgentiste croisée par hasard sur un autre catamaran, qui s’arrête en passant pour dire bonjour et finit par superviser toute l’opération.
République dominicaine, une destination imprévue
La famille ne devait pas s’arrêter en République Dominicaine : elle visait Porto Rico. Mais Porto Rico est un territoire américain, ce qu’ils ignoraient, et son statut impose un visa plus complexe que prévu pour un équipage arrivant par ses propres moyens. Le changement de cap se fait sans regret.
Après 48 heures de navigation, en partie de nuit, la famille passe une dizaine de jours en République Dominicaine et remonte jusqu’à la réserve de Samana. En bateau, loin des grands hôtels et des plages de sable blanc habituelles, ils découvrent des grottes, des réserves naturelles, des îles vierges, et des dauphins qui viennent nager autour du bateau jusque dans la baie où ils sont au mouillage.
Les Bahamas, un bleu jamais vu
Angie n’avait pas très envie d’aller aux Bahamas, persuadée que l’archipel serait trop américain, trop touristique et hors de prix. La réalité la surprend : une étendue immense de bleus, du plus clair au plus foncé, des fonds marins impressionnants et une eau si transparente qu’à certains endroits, la quille du bateau ne flotte qu’à trente centimètres du fond.
Entre les grandes villes touristiques comme Nassau et les Exumas, beaucoup plus sauvages, certaines îles sont privées, d’autres complètement désertes. La famille y navigue avec trois autres bateaux français rencontrés en chemin, pêche la langouste et passe des journées entières à explorer les fonds marins. Les Bahamas marquent le point le plus éloigné de la maison, et le début du chemin du retour.
Les Bermudes, une rencontre inattendue
Après les Bahamas, direction les Bermudes, seuls à bord cette fois, sans les équipiers qui les avaient parfois accompagnés sur d’autres portions du trajet. L’archipel fait partie du Commonwealth, l’eau y est plus froide, l’ambiance plus construite. C’est là que la famille croise, sans s’y attendre, le roi Charles d’Angleterre, de passage après une visite aux États-Unis : les enfants lui serrent la main, et il les félicite pour leur traversée de l’Atlantique.
Les Açores, dix-sept jours pour éviter la tempête
La traversée entre les Bermudes et les Açores prend habituellement onze à douze jours pour un bateau comme Moustique. Celle-ci en prendra dix-sept : sur la route directe, de grosses dépressions annoncent des vents de 45 nœuds, et la famille choisit de dérouter vers le sud pour les éviter plutôt que de forcer le passage.
L’arrivée à Horta, sur l’île de Faial, se prépare de loin : le volcan du Pico est visible dès 16 heures la veille, mais il faudra attendre 4 ou 5 heures du matin le lendemain pour accoster, dans le silence et une fine pluie. Le port de Horta est réputé pour être le plus coloré d’Europe : les équipages de passage y peignent le nom de leur bateau sur les quais, et la famille y laisse aussi sa trace.
Au Peter’s Bar, repaire historique des marins, ils écoutent avec respect les récits d’avaries et de traversées difficiles des autres équipages, avant d’enchaîner les randonnées sur plusieurs îles de l’archipel.
C’est sur la dernière île, à Povoação, que survient l’épisode le plus dur de l’année : au mouillage, un bateau de pêche heurte violemment la coque tribord de Moustique et l’endommage sérieusement. Le responsable repart sans un mot, mais un témoin allemand a eu le réflexe de le photographier, ce qui permet de retrouver le bateau et son propriétaire, qui reconnaît immédiatement les faits pour son fils et fait prendre en charge la réparation par son assurance.
Un préparateur de bateaux de course se déroute pour venir en aide à la famille, met deux jours à arriver, puis passe dix jours à réparer la coque. Angie décrit avoir vécu ce moment comme si elle voyait sa maison brûler, et retient de cette épreuve la solidarité de tous ceux, connus ou inconnus, qui se sont mobilisés pour les aider, ainsi que le sang-froid de Timothée dans un moment où elle n’avait, elle, plus beaucoup de ressources.
Le retour à Royan
Le bateau réparé, la famille reprend la route vers Royan pour rendre Moustique à son propriétaire, Geoffroy. Avant de retrouver leur quotidien, ils s’accordent encore une pause : une balade à vélo à Groix, puis un passage dans les Alpes, dont l’air de montagne leur a manqué après un an entier sur l’eau.
Les enfants à bord
Sur Moustique, Gaston, Vasco et Charlie ont chacun des tâches qui n’existent pas à terre : cuisiner, faire la vaisselle à la main, ranger le carré, passer l’aspirateur, participer aux manœuvres de voile. Côté école, l’aîné suit le CNED pour sa classe de sixième, tandis que les deux plus jeunes restent inscrits dans leur école en France et suivent, en lien avec leurs maîtresses, le programme de maths et de français à raison de deux heures par jour.
Le premier mois de vie à bord est difficile : l’espace est restreint, les rangements limités, et les enfants sont de tous les instants. Mais les liens se resserrent vite, entre frères comme avec leurs parents.
Chacun garde son rôle tout au long du voyage : Gaston, passionné de voile, devient un vrai coéquipier pour les manœuvres et les quarts ; Vasco, plus intellectuel et amateur de cuisine, devient le chef officiel du bord ; Charlie, le plus jeune, s’occupe surtout de mettre la ligne à l’eau pour pêcher. C’est aussi aux Grenadines que Gaston se blesse au doigt avec une dent de barracuda, et se retrouve avec des points de suture faits par sa mère, devenus depuis un souvenir dont il est fier.
Le guide pratique pour un voyage en Atlantique Nord
- Bateau : un trimaran de 43 pieds (environ 12,5 mètres), habitable et équipé pour la haute mer, y compris d’un canot de survie. La famille a choisi de le louer directement à son propriétaire plutôt que de l’acheter, ce qui leur a évité les démarches longues d’achat, de recherche de financement et de formalités de matriculation, ainsi que la question de la revente au retour.
- Distance parcourue : environ 11 000 milles nautiques, soit à peu près 22 000 kilomètres, en un an.
- Formation : un stage de survie en mer avant le départ, jugé essentiel bien que non obligatoire, pour apprendre à gérer une situation de détresse, utiliser un radeau de survie, réaliser un massage cardiaque ou des points de suture, et se servir du matériel de secours à bord. Pas de formation voile spécifique suivie avant le départ, mais des notions de voile et de météo nécessaires, la météo étant l’élément qui dicte tout le déroulé du voyage.
- Formalités : des passeports valables au moins un an et demi avant le départ, certains pays exigeant une validité minimale de six mois à l’arrivée, une assurance pour le bateau et une assurance voyage incluant le rapatriement.
- Connectivité : entre les archipels et les longues traversées, le réseau local n’est pas toujours au rendez-vous. Une eSIM Holafly permet de rester connecté dès l’arrivée dans chaque pays, avec -5 % via le code FAMILLEETVOYAGES.
- Santé : une trousse de premiers secours facilement accessible, des pastilles contre le mal de mer, et des bandes adhésives pour refermer les plaies, largement utilisées pendant le voyage. Pour l’assurance voyage, notre partenaire Heymondo couvre ce type de voyage au long cours, avec une réduction via le code FAMILLEETVOYAGES.
- À emporter : de quoi occuper les enfants pendant les longues traversées, une liseuse par enfant si possible (deux Kindle pour trois enfants se sont révélés insuffisants), et de bonnes chaussures de marche pour les escales à pied, faute de voiture sur place.
- Sécurité à bord : le port du gilet de sauvetage est obligatoire pour les enfants, et pour tout l’équipage la nuit ou par conditions exigeantes. Chacun connaît son rôle en cas de passage d’un front. La règle numéro un reste l’anticipation : ne jamais chercher à passer coûte que coûte, quitte à rester au port ou à dérouter pour éviter une dépression.
- Budget : très variable selon le niveau de confort recherché, entre restaurants et marinas d’un côté, mouillage gratuit et cuisine à bord de l’autre, et selon le type de bateau, un monocoque ancien coûtant nettement moins cher qu’un multicoque récent. Les escales varient aussi beaucoup : les Açores se sont révélées très abordables, tandis que les Bermudes ont été l’étape la plus coûteuse du voyage, avec par exemple dix bouteilles d’eau facturées 120 dollars dans un supermarché.
Les questions que vous vous posez peut-être
Comment faire l’école à bord pendant un tour de l’Atlantique en famille ?
Un enfant en âge de collège peut suivre le CNED sur l’année, tandis que des enfants plus jeunes peuvent rester inscrits dans leur école habituelle et suivre à distance le programme de maths et de français, en lien avec leurs enseignants, à raison de deux heures d’école par jour environ.
Vaut-il mieux acheter ou louer un bateau pour un tour de l’Atlantique en famille ?
La location directement auprès du propriétaire permet d’éviter les démarches longues liées à l’achat : recherche de financement, formalités de matriculation, et question de la revente une fois le voyage terminé.
Quelle formation suivre avant de traverser l’Atlantique en voilier avec des enfants ?
Un stage de survie en mer, bien que non obligatoire, permet d’apprendre à gérer une situation de détresse, à utiliser un radeau de survie, à réaliser un massage cardiaque ou des points de suture, et à se servir du matériel de secours à bord.
Combien de temps dure une traversée de l’Atlantique en voilier ?
Portée par les alizés, la traversée entre le Cap-Vert et les Antilles a pris douze jours et vingt heures. Le trajet retour, entre les Bermudes et les Açores, plus exposé aux dépressions, a demandé dix-sept jours, contre onze à douze jours habituellement pour ce type de bateau.
Quel budget prévoir pour un tour de l’Atlantique en famille en voilier ?
Le budget dépend surtout du niveau de confort recherché (restaurants et marinas ou mouillage et cuisine à bord) et du type de bateau. Les escales pèsent aussi lourd dans la balance : certaines destinations, comme les Açores, restent très abordables, quand d’autres, comme les Bermudes, sont nettement plus chères.
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N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire si l’épisode vous a aidé dans l’organisation de votre voyage ou si vous avez des questions.
À bientôt, pour un nouvel épisode.
D’ici là, prenez soin de vous, inspirez-vous et créez-vous de chouettes souvenirs en famille !
Stéphanie
Crédit music : Luk & Jo / Montage : Alice Krief
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