Hello, hello,
Mathieu est steward depuis huit ans. Il partage aussi son métier sur Instagram, Facebook et TikTok sous le nom Mathieu le Steward, et a écrit le guide anti-stress de l’avion. Deux sujets reviennent souvent chez lui, et parlent directement aux parents qui voyagent : la peur de l’avion, et les enfants qui pleurent à bord.
Comment on devient steward
Mathieu a grandi dans l’aviation. Son père était navigant, et une partie de sa famille vit en Écosse : enfant, il y retournait régulièrement. Ses premiers souvenirs de voyage viennent de là, les atterrissages de nuit au-dessus de l’Écosse, toutes les petites lumières allumées, un peu comme l’attraction Peter Pan à Disneyland. Le goudron du quartier familial, noir avec des petits cailloux blancs. Le goût de l’Irn-Bru, ce soda écossais orange et complètement chimique qu’il adorait enfant.
Son premier grand voyage a été l’Australie, deux mois et demi, vers six ou sept ans, pour voir de la famille installée là-bas. Il se souvient d’avoir nourri des kangourous, aperçu la queue d’une baleine, et fait une escale à Hong Kong, où les avions semblaient atterrir juste au-dessus de la ville. C’était en 1994 ou 1995. À l’époque, il était le seul de son entourage à voyager aussi loin.
Le déclic pour le métier est venu plus tard. Son frère travaillait l’été comme PCB, personnel complémentaire de bord, un job accessible aux étudiants. À dix-huit ans, sa mère l’a poussé à tenter sa chance. Il a fait deux étés comme PNC avant de partir d’abord du côté des médias, de la radio, de la télévision. À trente ans, l’opportunité s’est représentée, et il a sauté le pas. Cela fait maintenant huit ans.
Dans les coulisses d’un vol
Pour Mathieu, les qualités essentielles du métier sont d’être curieux, avenant, empathique et attentionné, mais surtout responsable : le steward est d’abord là pour la sécurité des passagers, pas seulement pour servir des plateaux.
La routine commence une heure et demie avant le vol, avec un briefing sécurité, sûreté et commercial, et la rencontre des pilotes. Vient ensuite la visite prévol : vérification des équipements de sécurité, des extincteurs, des interphones, recherche de tout objet qui n’a rien à faire dans l’avion. Une fois en vol, l’équipage prépare les repas, assure le service, et garde un œil constant sur la cabine, un malaise pouvant survenir à tout moment. Sur les longs courriers, il se répartit en deux pour se reposer à tour de rôle, avec des vérifications des toilettes toutes les quinze minutes pour écarter tout départ de feu.
La fatigue revient comme le vrai point sensible du métier, entre travail de nuit et jet lag permanent. Mathieu raconte qu’après une rotation, il s’est déjà réveillé persuadé d’avoir un chat, alors qu’il n’en a pas. Il retrouve aussi régulièrement sa télécommande dans le frigo. S’il sent qu’il ne tient plus, il peut le dire et s’isoler dix à vingt minutes : ce n’est pas un sujet tabou entre collègues.
Une bonne escale, c’est quoi ?
Mathieu préfère sortir plutôt que dormir dès l’arrivée à l’hôtel, quitte à se forcer un peu. À Toronto, il s’était promis une sieste au soleil avec son paréo : vingt minutes de marche plus tard, il s’est mis à pleuvoir. Le soir, il est allé voir un spectacle de drag queen dans un bar, où un spectateur l’a reconnu et est venu discuter. Il lui a demandé de prendre une photo pour l’envoyer à ses parents, surpris qu’on le reconnaisse aussi loin de chez lui.
Les autres jours, il reste simplement à l’hôtel, regarde un film, se repose. Avant un vol retour, une bonne sieste est, dit-il, indispensable.
Ce que fait l’équipage quand un enfant pleure
Interrogé sur les bébés et jeunes enfants qui pleurent à bord, Mathieu répond d’abord en plaisantant qu’il existe une petite trappe pour y glisser l’enfant. En réalité, la méthode est plus simple : montrer sa présence, faire un signe, une grimace. Il raconte le cas d’une petite fille de quatre ou cinq ans, en pleurs, que ses parents n’arrivaient pas à calmer : quelques grimaces plus tard, elle riait.
Parfois, un membre d’équipage peut aussi poser un cadre avec plus de fermeté quand les parents n’y arrivent pas. D’autres pistes existent : proposer de porter l’enfant, changer d’environnement en l’emmenant au galley, ou offrir une petite compote. En dernier recours, si un passager est réellement incommodé, il est possible de le déplacer ailleurs dans la cabine.
La peur de l’avion : d’où vient-elle vraiment ?
Selon les recherches de Mathieu, une personne sur trois aurait peur de l’avion, sans que cela se manifeste toujours de la même façon : certains pleurent, d’autres restent silencieux, d’autres encore expriment leur stress par de l’agacement envers l’équipage.
Face à un passager qui panique, Mathieu évite les explications purement rationnelles, la peur étant souvent irrationnelle. Il préfère faire verbaliser la personne, et remplacer le mot « peur » par « inquiétude » dans la conversation. Il peut proposer que le commandant vienne saluer le passager, sortir des mandalas à colorier, offrir un thé, détourner l’attention en parlant des vacances à venir, plutôt que de répéter que les ailes de l’avion ne se cassent jamais.
Depuis huit ans, il accompagne aussi des abonnés en message privé. Il raconte trois cas récents : un jeune homme dont la peur venait en réalité d’un accident d’hélicoptère vécu enfant, orienté vers un psychologue ; une abonnée dont la peur est apparue après le décès de son père, lui-même sujet à cette peur, et les nombreux vols pris pour les funérailles ; une autre dont la peur a débuté après une relation toxique et enfermante, résolue en thérapie sur cette relation, pas sur l’avion lui-même.
Sa conclusion tient en une phrase : « on n’a pas peur de l’avion, on a peur en avion. »
Anecdotes qui font sourire
Mathieu le dit sans détour : un passager a souvent l’âge mental d’un enfant de huit à treize ans une fois à bord, parce que tout l’environnement lui est étranger. Il se souvient d’un homme pressé d’aller aux toilettes, qui a failli se soulager contre la porte de l’avion en la prenant pour les sanitaires. Une autre fois, une passagère voyageait avec l’urne de son mari décédé dans le coffre à bagages. Quelques heures plus tard, elle s’est étouffée avec sa salade pendant le service, et la première chose qu’elle a dite une fois qu’elle a repris son souffle n’était pas franchement polie.
Encart pratique : Vancouver
Une des destinations préférées de Mathieu. Environ 11 h de vol, 8 à 9 h de décalage horaire. Il conseille octobre : pas encore trop froid, feuilles orange et rouge, décorations d’Halloween. Son incontournable : un tour en hydravion, pour la sensation de décoller et atterrir sur l’eau.
Questions fréquentes
Comment calmer un enfant qui pleure en avion ?
Montrer sa présence, faire une grimace ou un petit signe suffit parfois. Changer l’enfant d’environnement, par exemple vers le galley, ou lui proposer une compote peut aussi aider.
Combien de personnes ont peur de l’avion ?
Environ une personne sur trois, selon les estimations d’un steward qui accompagne régulièrement des passagers anxieux. La peur ne se manifeste pas toujours de la même façon : pleurs, silence, ou agacement apparent.
Comment rassurer quelqu’un qui a peur des turbulences ?
Éviter les explications purement rationnelles, qui fonctionnent rarement contre une peur irrationnelle. Faire parler la personne, détourner son attention par les sens, une boisson chaude, un mandala à colorier, ou une conversation sur ses futures vacances.
D’où vient vraiment la peur de l’avion ?
Elle n’est pas toujours liée à l’avion lui-même : un traumatisme d’enfance, un deuil, ou une période difficile peuvent en être la cause réelle, et se travaillent en thérapie.
Le Podcast est sur Instagram @familleetvoyages. Vous pouvez retrouver tous les autres épisodes sur le blog, Apple Podcast, Deezer, Spotify, Podcast Addict…
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À bientôt, pour un nouvel épisode.
D’ici là, prenez soin de vous, inspirez-vous et créez-vous de chouettes souvenirs en famille !
Stéphanie
Crédit music : Luk & Jo / Montage : Alice Krief
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