Caraïbes Podcast

Un fauteuil de dentiste dans un catamaran — un an en famille entre Caraïbes et Atlantique avec Chloé

12 juin 2026
catamaran en famille

Hello, Hello,

Aujourd’hui, je vous emmène sur l’Atlantique avec Chloé, Antoine et leur fils Max — sept mois au départ. Un an en mer à bord d’un catamaran avec, à l’intérieur, un fauteuil de dentiste. Leur projet : faire de la prévention dans les écoles, d’escale en escale, des Antilles jusqu’à New York, puis Halifax et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Max fait ses premiers pas en Martinique, distribue les kits dentaires et devient la mascotte partout où ils passent. Après plusieurs mois dans les Caraïbes, ils arrivent de nuit dans la baie de Manhattan, un moment suspendu accueilli par un feu d’artifice, en toute simplicité. Puis, sur le chemin du retour, quelque chose heurte le bateau en pleine nuit.

Si, comme moi, acheter la première paire de chaussures de votre bébé à New York après des mois pieds nus sur un catamaran vous semble vraiment trop cool, cet épisode va vous plaire.

 

La famille et le projet

Chloé et Antoine partent en 2017 pour un an en mer avec Max, leur premier fils, sept mois au départ. Le bateau, c’est un catamaran TS42, course-croisière, construit sur mesure autour d’un projet : Océan Dentiste. À l’intérieur, une plateforme rotative avec un fauteuil de dentiste. En position rangée, c’est le fauteuil de quart. En position déployée, les familles montent à bord pour un premier contact avec un dentiste. L’idée est née d’une première traversée en double, où Chloé et Antoine faisaient déjà de la prévention. Les médias avaient suivi, ça avait intéressé du monde. Alors ils ont vu plus grand. Ils ont fait construire un bateau autour d’un fauteuil de dentiste.

Avant le grand départ, un tour de Bretagne pour roder le projet et multiplier les interventions dans les écoles. Puis direction La Rochelle.

Le départ avec la mini-transat

Le vrai départ, c’est La Rochelle, au moment de la mini-transat — une course en solitaire sur des petits bateaux de 6m50 qui traversent l’Atlantique. Chloé et Antoine font partie des bateaux accompagnateurs. Leur rôle : suivre les coureurs, faire l’appel matin, midi et soir à la VHF pour s’assurer que tout le monde est là. Max, tout petit, se fait entendre à la radio. Les marins en solitaire en parlent encore — entendre un bébé au milieu de l’océan, ça marque quand on est seul depuis des jours.

La première étape, La Rochelle-Canaries, dure une dizaine de jours, rallongée par la pétole — ces longues heures sans vent où le bateau n’avance plus. Changement d’équipage aux Canaries : des amis prennent le relais pour la grande traversée. Parce que sur les longues navigations, Chloé et Antoine embarquent toujours du monde. Question de sécurité, de partage aussi.

La traversée de l’Atlantique

Canaries-Martinique, sans escale au Cap-Vert. Dix-neuf jours de mer. En accompagnant la mini-transat, pas le choix : c’est en direct.

Pendant la traversée, un concurrent démâte. Il faut le ravitailler dans une mer agitée. Impossible de se mettre bord à bord — ça casserait son bateau encore plus. La solution : charger un grand paddle de provisions et le pousser vers lui. La manœuvre est compliquée, un peu ratée, mais le marin récupère tant bien que mal ce dont il a besoin. Chloé et Antoine partent toujours avec plus de vivres et d’eau que nécessaire, justement pour ce genre de situation. Eux ont de la place. Les coureurs, sur leur 6m50, non.

Pendant ce temps, Max vit dans le carré. Un parc aménagé à hauteur des adultes, autour d’un lit surélevé. Il est debout, accroché à son filet, au milieu de tout ce qui se passe. À l’extérieur : gilet de sauvetage, harnais, et surtout les bras de Chloé en permanence. À sept mois, il ne marche pas encore, ce qui simplifie les choses. Ça ne durera pas.

L’arrivée en Martinique

Après vingt jours de mer, l’arrivée a quelque chose de particulier. La fatigue, l’émotion, les amis qui repartent. Chloé dit qu’elle a toujours un petit cafard en arrivant — elle aime être en mer et n’est jamais vraiment pressée de toucher terre.

En Martinique, la prévention dans les écoles se heurte à un problème simple : personne ne répond au téléphone. Tout ce que Chloé arrivait à planifier depuis la métropole ne fonctionne plus. Alors ils changent de méthode. Ils débarquent, se présentent directement. L’accueil est immédiat : « Oh ben génial, venez ! » Et toute l’école y passe le jour même.

C’est aussi en Martinique que Max fait ses premiers pas. Après des mois sur un bateau, dès qu’il touche un sol stable, il se met à marcher. Très tôt, très vite. Le sol qui ne bouge pas, c’est visiblement tout ce qu’il lui manquait.

La famille reste plusieurs mois aux Antilles, entre prévention, visites et retrouvailles avec la famille qui vient les rejoindre sur place. L’itinéraire se construit au jour le jour, en fonction de la météo et des gens qui arrivent. Il faut souvent revenir en Martinique ou en Guadeloupe pour les points de chute — les aéroports sont là.

Les Grenadines et la Dominique

Descente dans les Grenadines pour continuer la prévention, puis remontée vers la Dominique. C’est l’escale coup de cœur.

La Dominique est une île indépendante, coincée entre deux îles françaises, beaucoup plus pauvre mais d’une richesse naturelle dense. Les marchés débordent de fruits et légumes, la végétation est épaisse, les cascades et les volcans partout. Pas une île de plages — plutôt de montagne, de rivière, de jungle. Chloé et Antoine y arrivent juste après le cyclone Irma. Les traces sont visibles, y compris dans les écoles.

Ce qui change tout, c’est le projet. Venir faire de la prévention ouvre des portes qu’un simple passage de voilier n’ouvrirait pas. Les gens les accueillent autrement, la relation est immédiate, différente de ce que vit un voyageur lambda. Chloé revient depuis, et elle dit que la nature reprend vite là-bas — c’est aussi impressionnant que le passage du cyclone lui-même.

La remontée vers le nord

Guadeloupe, Saint-Barth, Saint-Martin. Chaque île a sa personnalité. Les plages de sable blanc et les fonds marins en Guadeloupe — Chloé recommande les bateaux à fond de verre pour les enfants trop petits pour le snorkeling, ils voient le monde sous-marin sans se mouiller. Saint-Barth, plus aride, sans eau douce sur l’île, vallonnée, avec de petites plages et des îlots autour.

Puis Porto Rico. Deux ou trois jours seulement, mais un vrai choc après des mois d’îles. Une grande ville, de l’espagnol, de l’anglais, une architecture colorée, pastel. Le dépaysement est total par rapport à tout ce qu’ils ont vu depuis le départ. Le père de Chloé les rejoint ici pour la suite du voyage.

Les Bahamas

L’eau est turquoise, transparente. Des requins — ça change des poissons habituels. Mais la navigation est tendue. Les récifs ne sont pas tous sur les cartes. Il faut poster quelqu’un à l’avant du bateau pour guider en direct : plus à gauche, plus à droite. Un ami qui navigue avec eux a un tirant d’eau plus important, et pour lui c’est franchement stressant. Trois ou quatre jours d’escale — le calendrier du retour commence à peser.

La Floride

Arrivée à Boca Raton, juste à côté de Miami. Le bateau entre dans un petit port intérieur, passe sous un pont. Après des mois d’Atlantique, l’impression de rentrer dans un cocon. Une amie de Chloé vit sur place et leur fait découvrir le coin — dont le sandwich au dauphin, spécialité locale dont Chloé se serait bien passée.

New York

Quatre ou cinq jours de navigation depuis la Floride, seuls en mer, rien autour. Puis de nuit, des lumières. Chloé croit d’abord que ce sont des bateaux — les quarts de nuit habituent à surveiller les feux de position. Ce sont des avions, des dizaines, dans tous les sens. L’approche de New York se fait comme ça, progressivement, par les lumières, avec cette excitation mélangée d’angoisse de se retrouver dans une ville immense après des mois entre ciel et eau.

Ils passent sous la Statue de la Liberté, se posent sur l’Hudson River au mouillage — trois bateaux autour, pas plus. Le soir même, un feu d’artifice éclate juste derrière eux.

Deux à trois semaines sur place. La prévention reprend dans les écoles, en anglais approximatif pour Antoine — les enfants rient, mais le message passe. Invitation au gala d’une école pour parler d’Océan Dentiste. Tout le monde en tenue de soirée, eux en vêtements de bord. Pas de sponsor au final, mais un moment mémorable.

Et puis il y a les chaussures. Après des mois pieds nus sur le bateau, Max a besoin de chaussures pour marcher dans New York. Première paire achetée sur place.

Halifax et le Canada

Remontée par le Maine, plusieurs petites escales, puis Halifax. Chloé est québécoise — arriver dans son pays par la mer, ça compte. Sa mère prend le train transcanadien depuis Montréal pour les retrouver au terminus. Les douanes canadiennes sont sérieuses : visite complète du bateau. Et il fait froid, même fin juin. Sous-couches et pulls achetés sur place — personne n’avait prévu ça.

Saint-Pierre-et-Miquelon

Trois degrés dans le bateau. Un chauffage d’appoint au gaz, acheté en urgence, parce que le catamaran n’est pas du tout conçu pour le froid. Les locaux sortent en t-shirt pendant que Chloé superpose les couches.

La prévention reprend dans la petite école de l’île, juste avant la fin de l’année scolaire. Tous les enfants montent à bord. Les caméras aussi. Sur une île où les visites sont rares, un voilier-dentiste avec un bébé blond qui distribue des brosses à dents, c’est l’événement. Les habitants leur proposent de rester — il manque des dentistes sur place.

Le retour et la collision

Départ de Saint-Pierre-et-Miquelon avec un détour vers le sud pour éviter les icebergs qui descendent plus bas que d’habitude. La navigation se passe bien — couchers de soleil, dauphins, globicéphales. Le cousin et le père d’Antoine sont à bord pour cette dernière traversée.

Une nuit, deux secousses sous le bateau. La mer est agitée, personne ne réagit vraiment. Le lendemain matin, Antoine descend dans la cale moteur : de l’eau. Le joint de l’hélice a cédé, l’eau entre en continu. Il faut colmater. Antoine finit par plonger, en plein Atlantique. La solution vient des couches lavables de Max — tellement étanches qu’en les glissant autour du joint, elles bouchent la fuite. La meilleure publicité qu’une marque de couches lavables puisse espérer.

Les experts diront plus tard que le bateau a probablement heurté une baleine. Un corps mou, assez dense pour provoquer l’avarie sans tout casser. À deux ou trois jours de l’arrivée, le retour se fait directement au chantier au lieu du port d’attache prévu. La fin du voyage est un peu brusquée.

Le retour à terre

Max ne comprend pas la maison. Il n’a connu que le bateau. Pour l’endormir, ses parents installent un toit au-dessus de son lit à barreaux — pour reproduire sa bannette. Il dit « bateau, bateau ». Mais la famille repart régulièrement depuis, et les trois enfants — Max, Charlie et Lou — participent maintenant à la vie du bord. Remplir les bouteilles d’eau du dessalinisateur, barrer, donner un coup de main à la navigation. Prochain voyage prévu : les îles Scilly, au sud-ouest de l’Angleterre, début juillet.

Depuis ce voyage, Chloé a créé Pellipop, une application d’impression photo née du besoin d’imprimer leurs souvenirs au fur et à mesure. Elle partage aussi leurs voyages en famille sur la page Instagram de Pellipop.

Guide pratique

  • Type de bateau : catamaran TS42 (course-croisière), une coque pour la famille, l’autre pour les invités
  • Distance parcourue : environ 20 000 miles nautiques
  • Durée : un an (2017)
  • Formalités : assurance et papiers du bateau
  • Santé : formation secours en mer avant le départ, trousse à pharmacie complète pour parer à toute éventualité en navigation hauturière
  • Budget : variable selon les familles, raisonnable quand on vit à bord (cuisine sur le bateau, peu de restaurants), mais l’entretien et les avaries peuvent vite monter — les assurances prennent en charge une partie
  • Eau : fabriquée à bord avec un dessalinisateur
  • À emporter pour les enfants : livres, jeux de cartes, jeux peu volumineux

FAQ

Peut-on naviguer longtemps en voilier avec un bébé de moins d’un an ?

Oui. À bord d’un catamaran, un parc aménagé à hauteur des adultes dans le carré permet au bébé de rester au milieu de la vie du bord. À l’extérieur : gilet de sauvetage et harnais en permanence, et un adulte toujours présent. Le moment le plus délicat arrive quand l’enfant commence à marcher et à escalader le parc — la vigilance doit encore monter d’un cran.

Quelles îles des Caraïbes visiter en famille en voilier ?

La Martinique et la Guadeloupe offrent des plages de sable blanc et des fonds marins accessibles aux jeunes enfants grâce aux bateaux à fond de verre. La Dominique est plus sauvage : cascades, volcans, randonnées en jungle, mais peu de plages. Les Bahamas ont une eau turquoise et transparente, mais les récifs non cartographiés rendent la navigation plus technique — il faut un guetteur à l’avant.

Quel budget prévoir pour un an en voilier en famille ?

Vivre à bord réduit les frais courants : cuisine avec four et plaques, peu de sorties au restaurant, pas de logement à payer. Les postes principaux restent l’entretien du bateau, l’avitaillement et les imprévus mécaniques. En cas de casse sérieuse, les montants grimpent vite, mais les assurances couvrent une partie.

Comment gérer le froid en voilier dans l’Atlantique Nord ?

Le froid surprend, même en été. À Halifax fin juin et à Saint-Pierre-et-Miquelon en juillet, les températures peuvent descendre à 3 degrés dans le bateau. Un chauffage d’appoint au gaz et des sous-couches thermiques sont indispensables si le bateau n’est pas conçu pour les eaux froides.

Comment organiser des activités éducatives ou solidaires en escale avec des enfants ?

En métropole, les écoles se contactent à l’avance. Aux Antilles, mieux vaut se présenter directement sur place — les appels restent souvent sans réponse, mais l’accueil en personne est immédiat. Avoir un projet concret (ici, la prévention dentaire) change la relation avec les habitants : l’accueil est différent de celui réservé à un simple voyageur de passage.

Le Podcast est sur Instagram @familleetvoyages. Vous pouvez retrouver tous les autres épisodes sur le blog, Apple Podcast, Deezer, Spotify, Podcast Addict…

N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire si l’épisode vous a aidé dans l’organisation de votre voyage ou si vous avez des questions.

À bientôt, pour un nouvel épisode.

D’ici là, prenez soin de vous, inspirez-vous et créez-vous de chouettes souvenirs en famille !

Stéphanie
Crédit music : Luk & Jo  / Montage : Alice Krief

Vous aimerez peut-être

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.